Mal-être psychologique : tenir ne veut pas dire aller bien

Travail, maison, enfants, vous gérez le quotidien d’une main de maître, vous tenez le coup comme on dit, mais vous sentez bien que quelque chose ne va plus. Vous êtes fatigué, à fleur de peau, la qualité de votre sommeil est altérée, vous ruminez et l’anxiété gagne chaque jour du terrain. Si personne ne semble remarquer que vous allez mal, vous n’avez plus de temps pour souffler et vous faites votre possible pour avancer coûte que coûte, pour ne pas vous plaindre. Pourtant, tenir ne signifie pas aller bien. Tenir repose sur des stratégies mises en place pour continuer jusqu’au jour où toutes les digues cèdent : c’est le point de rupture, le moment où la charge psychologique se transforme en raz-de-marée. Savoir en reconnaître les signes annonciateurs permet de mettre un stop à la frénésie et de pouvoir demander de l’aide. 

Qu’est-ce que le mal-être psychologique ?

La souffrance mentale est un état diffus dans lequel on ne se sent pas bien intérieurement. Elle se manifeste par : 

  • une fatigue émotionnelle, 
  • une démotivation, 
  • une perte de sens, 
  • une anxiété ou une irritabilité inhabituelle, 
  • de la tristesse, 
  • une sensation de vide,
  • l’impression d’être dépassé.

Parfois, la cause est évidente : séparation, deuil, difficultés professionnelles, familiales ou conjugales, maladie, événement traumatique…

Mais le mal-être peut aussi apparaître alors qu’extérieurement tout semble bien.

C’est souvent une accumulation qui finit par peser : charge familiale, responsabilités écrasantes, émotions tues ou niées, manque de sommeil, difficultés relationnelles, pressions ou bien encore l’habitude de toujours faire passer les autres avant soi.

Il peut alors être le signal que quelque chose n’est plus soutenable dans le mode de fonctionnement.

Le point de rupture psychique

Nous disposons tous de ressources internes pour faire face aux difficultés.

Nous pouvons temporairement nous adapter à plus de pression, nous organiser autrement, prendre sur nous ou mettre certaines émotions de côté.

Cependant, le problème apparaît lorsque ces stratégies deviennent le seul moyen de fonctionner. 

Tenir, mais à quel prix ?

Pour faire face au quotidien, certaines personnes ont développé de véritables stratégies de survie :

  • tout contrôler pour éviter les imprévus,
  • ne jamais montrer leurs émotions,
  • minimiser ou nier le besoin d’aide,
  • faire toujours plus pour compenser la fatigue,
  • prendre soin des autres avant de prendre soin d’elles-mêmes,
  • culpabiliser en pensant à leurs propres besoins,
  • ne pas s’autoriser de temps de repos ou de moments de détente.

Se dire que “ça va passer”, comme on l’entend souvent, est aussi une stratégie, mais au même titre que les autres, elle n’est utile que pendant un laps de temps plus ou moins long.

En effet, si la suradaptation devient la norme, l’état de tension intérieure s’installe. La personne résiste, mais ne décompresse plus. 

Le week-end et les vacances ne suffisent plus pour garantir une récupération salvatrice : le corps et l’esprit restent tendus et les ressources diminuent progressivement. 

De la charge mentale au point de rupture

La charge mentale ne correspond pas seulement au nombre de choses à faire. Elle désigne aussi le fait de devoir penser à tout, de devoir anticiper, organiser, planifier, décider, gérer les besoins des autres et rester constamment en vigilance… 

Évidemment, toutes ces obligations peuvent vite devenir pesantes, surtout si elles sont chroniques. Les stratégies mises en place s’essoufflent, et la personne avec. 

Le point de rupture se trouve précisément là. 

Ce moment est celui où le malaise s’exprime sous la forme de phrases telles que “je n’en peux plus”, “je veux juste qu’on me laisse tranquille”, “je n’ai plus envie de rien” ou bien encore “je ne supporte plus rien”…

Ces signaux doivent être entendus, car dès lors, un événement inattendu – et il n’est pas besoin de quelque chose de spectaculaire – peut alors provoquer une rupture dans l’équilibre psychique de la personne.

Les symptômes du mal-être psychologique

Il affecte les pensées et les émotions, mais aussi le corps et le comportement. 

La personne peut manifester : 

  • de l’irritabilité, 
  • de l’anxiété, une inquiétude constante, 
  • de la tristesse ou du découragement, 
  • une hypersensibilité, 
  • de la colère, de la culpabilité, 
  • une perte de confiance ou d’estime de soi, 
  • une sensation de vide, de lassitude, 
  • une perte de plaisir et de motivation. 

Elle peut également être à fleur de peau ou devoir faire des efforts pour rester calme.

Du côté physique, les signes d’alerte sont : 

  • une fatigue persistante,
  • des tensions musculaires, maux de tête, 
  • des troubles du sommeil,
  • une modification de l’appétit, à la hausse comme à la baisse, 
  • une sensation de pression, d’oppression, 
  • des difficultés à récupérer, même après une période de repos.

Du côté cognitif, le mal-être peut aussi impacter la manière de penser :

  • ruminations,
  • difficultés à prendre des décisions,
  • problèmes de concentration, 
  • impression d’avoir le cerveau qui ne s’arrête jamais, 
  • anticipation permanente, difficulté à lâcher prise, 
  • sentiment d’être dépassé.

Au quotidien, la personne a tendance à s’isoler, à avoir moins envie de voir ses proches ou ses amis, avec lesquels elle peut d’ailleurs entrer en conflit pour des broutilles. Elle a davantage de mal à travailler, abandonne des activités qui lui étaient chères et ne s’accorde plus de temps pour elle. 

Il est à noter que ces symptômes peuvent avoir de nombreuses causes. Ils doivent donc faire l’objet d’une consultation médicale s’ils persistent.  

De même qu’ils ne suffisent pas pour caractériser un mal-être psychologique. Il faut y ajouter des données telles que la durée, l’intensité, l’accumulation des dysfonctionnements et leur impact sur le quotidien. 

Il est possible de sonder le malaise à l’aide de quelques questions simples :  

Est-ce que la personne arrive à se reposer ? 

Est-ce qu’elle s’oublie régulièrement au profit des autres ? 

Est-ce que ses moments de détente restent chargés mentalement ?

Est-ce qu’elle cherche à tout contrôler tout le temps ? 

Est-ce qu’elle minimise son état et répond toujours machinalement par un “ça va” alors que visiblement ce n’est pas le cas ? 

Si plusieurs réponses sont affirmatives, il est temps de demander de l’aide. Ne pas attendre le point de rupture total est déjà une manière de prendre soin de soi.

Que faire quand ça ne va plus ?

La première étape vers le mieux-être est de comprendre ce qui vous met réellement en difficulté. 

Ainsi, si on a l’habitude de faire passer les autres avant soi-même, ce peut être d’apprendre à s’accorder du temps sans culpabiliser. Se prioriser n’est pas synonyme d’égoïsme : vos besoins sont présents et importants. 

En pratique, il faut se questionner sur ce dont vous avez réellement besoin aujourd’hui. 

Nul doute qu’il s’y trouve les fondamentaux : 

  • retrouver un sommeil plus régulier et s’accorder de vrais temps de récupération,
  • manger de manière plus équilibrée,
  • bouger,
  • éviter la sursollicitation, 
  • remettre des moments de plaisir au goût du jour,
  • entretenir les liens sociaux qui font du bien…  

Ces changements ne demandent pas à être mis en œuvre tout d’un coup, mais l’important est d’enclencher ces petits pas. Cela ne règle pas la problématique de la surcharge mentale, mais contribue à restaurer les ressources nécessaires pour y faire face.

Vient ensuite l’étape d’identification des véritables sources de stress, de ce qui génère un état de tension intérieure. 

Ce peut être le travail, une relation, la charge familiale, la situation financière, les exigences que vous vous imposez. Ce peut être aussi ce besoin de tout contrôler, cette peur de décevoir, le manque de reconnaissance, une difficulté ancienne qui reste présente dans votre quotidien… 

Ce constat permet de visualiser ce qui est acceptable, ce qui est modifiable, voire ce qui nécessite un accompagnement.

L’épuisement psychique engendre un cercle vicieux où l’on ne voit que ce qui ne fonctionne pas, ou plus, mais où l’on occulte ce qui peut être aidant. Pourtant, nous avons tous des ressources : 

  • des personnes sur lesquelles on peut compter, 
  • des endroits où l’on se sent en sécurité,
  • des choses qui donnent du sens à notre quotidien, 
  • des activités qui nous apaisent,
  • des qualités et compétences qui nous ont déjà permis de traverser des périodes difficiles. 

Aller mieux ne signifie pas uniquement supprimer ce qui fait souffrir, mais savoir aussi s’appuyer sur ce qui génère un sentiment de sécurité et de soutien. 

Il est capital aussi de savoir demander de l’aide, car, bien souvent, la prise de conscience se fait lorsqu’on ne parvient plus à sortir la tête de l’eau seul.

L’accompagnement thérapeutique

Admettre ses propres limites peut être difficile et venir toucher l’image que l’on a de soi, surtout quand on a toujours été le pilier qui gère, qui organise, qui aide et qui tient bon… C’est avant tout une démarche courageuse. 

Lorsqu’il n’est plus possible d’ignorer les symptômes, le premier interlocuteur est souvent le médecin traitant qui évalue l’état de santé physique et mental et prescrit un traitement. 

Ce suivi médical n’est pas incompatible avec l’accompagnement d’un thérapeute. Celui-ci est formé pour la prise en charge de difficultés telles que la gestion des émotions ou du stress, les problèmes d’estime ou de confiance en soi, des comportements dysfonctionnels, des difficultés relationnelles, des traumatismes et même des addictions, TOC et phobies qui peuvent survenir dans ces périodes de souffrance.

Ce travail en profondeur s’appuie sur différentes approches comme l’hypnose, l’EMDR, la PNL, la sophrologie. La méthode varie selon le praticien, la situation et la personnalité de la personne. 

Vous n’avez pas besoin d’attendre que tout soit au rouge pour consulter : avoir besoin d’aide n’est ni un échec, ni un constat d’incapacité. 

Tenir est une stratégie d’adaptation, pas une preuve que tout va bien. Lorsqu’elle ne suffit plus, cela signifie que la charge mentale est supérieure aux ressources disponibles.

Écouter ce signal permet d’agir avant le point de rupture, avant l’effondrement.

Sentir que quelque chose ne va pas bien est suffisant pour consulter, même si vous ne savez pas exactement qualifier votre mal-être. Contrôle, hyperactivité, perfectionnisme, oubli de soi et minimisation des besoins ne sont que des palliatifs de courte durée. Personne n’a le devoir de tout porter seul : parler, mettre des mots sur ce que vous ressentez, identifier l’origine des pressions et comprendre les mécanismes qui vous maintiennent dans la suradaptation sont autant de premiers pas pour retrouver progressivement vos ressources et un équilibre plus durable.